Avis L’Énigme de la chambre 622 de Joël Dicker — 3,5/5

Édition Rosie & Wolfe, 763 pages.
Notre avis en bref
Un écrivain à succès, double à peine voilé de l’auteur, part se reposer dans un palace des Alpes suisses après une rupture et la mort de son éditeur. Dans son couloir, un détail cloche : une chambre a disparu de la numérotation, remplacée par un étrange doublon. Elle fut jadis le théâtre d’un meurtre jamais élucidé, que l’établissement s’applique à faire oublier. Flanqué d’une voisine de chambre délicieusement fouineuse, l’écrivain tire le fil.
L’enquête exhume un monde feutré : celui d’une grande banque privée genevoise, dont la présidence promise déchaîne ambitions, trahisons et jeux de rôles. Dicker tresse plusieurs époques à la fois, s’amuse des doubles et des identités d’emprunt, relance la machine à chaque chapitre par un renversement. On ignore longtemps jusqu’au nom de la victime : c’est dire le goût du tour de passe-passe.
Le résultat divertit, incontestablement : on tourne les pages comme on suit un numéro de prestidigitation. Mais la mécanique tourne parfois à vide — rebondissements gratuits, personnages réduits à leur fonction, vraisemblance sacrifiée au spectacle. Un Dicker joueur, brillant par instants, loin toutefois de la tension de son affaire Harry Quebert.
Résumé sans spoiler
Un écrivain en villégiature dans un palace de Verbier découvre qu’une chambre a été effacée de la numérotation de son étage. La raison tient en un fait divers étouffé : un meurtre commis là, au petit matin, jamais résolu. Avec Scarlett, sa voisine de chambre, il remonte la piste jusqu’aux coulisses d’une puissante banque privée genevoise, où la succession à la présidence attise toutes les convoitises. Entre un héritier désigné, un prodige parti de rien et une femme aimée des deux, les masques tombent un à un. Identité de la victime, mobile, coupable : le roman fait durer chaque réponse jusqu’aux ultimes chapitres.
Ce qu’on a aimé, ce qu’on a moins aimé
On a aimé
- Un rythme de page-turner : chapitres courts, cliffhangers réguliers, la machine ne cale jamais
- Le puzzle chronologique, vertigineux mais toujours lisible, preuve d’un vrai savoir-faire
- L’humour et l’autodérision du narrateur, avec un bel hommage à son éditeur disparu
- Le décor, palace enneigé et coulisses bancaires genevoises, joliment dépaysant
On a moins aimé
- Des rebondissements en cascade qui finissent par s’annuler les uns les autres
- Des personnages sans épaisseur, simples pions de la démonstration
- Un dénouement théâtral qui divise, à la limite de la parodie
Pour qui ce livre ?
On le conseille à ceux qui cherchent un gros roman d’évasion à dévorer sans se prendre au sérieux : lecteurs de Musso ou de Bussi curieux d’un jeu plus baroque, vacanciers en quête d’un pavé addictif, amateurs de puzzles narratifs. Ceux qui avaient adoré la rigueur émotionnelle de Harry Quebert doivent en revanche revoir leurs attentes : ici, tout est jeu et artifice assumé. À éviter si l’invraisemblance vous sort d’un livre.
Où acheter L’Énigme ?
Édition poche (Rosie & Wolfe), au prix constaté de 10,90 €.
Prix indicatif constaté récemment, susceptible de varier.
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