Avis Demain, et demain, et demain de Gabrielle Zevin — 4/5

Édition Pocket, 608 pages.
Notre avis en bref
Sam et Sadie créent des jeux vidéo ensemble, se brouillent, se retrouvent, recommencent. Sur trente ans, Gabrielle Zevin suit cette amitié créative avec une précision rare : elle écrit sur le travail à deux comme peu de romanciers savent le faire — les nuits blanches, les désaccords esthétiques, la question de savoir à qui appartient une idée, la jalousie qui abîme tout.
Le jeu vidéo n’est ici qu’un territoire : on peut n’y avoir jamais touché et être bouleversé, parce que le vrai sujet est ailleurs — ce qu’on doit aux gens avec qui l’on invente, et ce qu’on leur pardonne. Zevin ne rachète jamais ses personnages à bon compte : Sam et Sadie sont brillants, injustes, orgueilleux, et c’est précisément ce qui les rend vrais.
Le livre est long et cela se sent par endroits, surtout dans le dernier tiers. Mais on ne voit pas ce qu’on couperait : presque chaque détour finit par payer.
Résumé sans spoiler
Deux enfants se rencontrent dans la salle de jeux d’un hôpital : Sam en convalescence, Sadie en visite. Ils passent des heures ensemble devant une console, puis se perdent de vue. Des années plus tard, une rencontre fortuite dans une station de métro les remet face à face ; ils se lancent alors dans la création d’un jeu qui va changer leur vie. Le succès arrive vite — plus vite que la maturité nécessaire pour le partager à deux. Le roman suit leur duo à travers triomphes, malentendus et brouilles, sans jamais réduire leur histoire à une romance attendue.
Ce qu’on a aimé, ce qu’on a moins aimé
On a aimé
- Une écriture d’une précision rare sur le travail créatif à deux
- Des personnages faillibles et attachants, jamais rachetés artificiellement
- Un chapitre expérimental au cœur du livre, d’une audace qui paie
- Bouleversant même pour qui n’a jamais touché une manette
On a moins aimé
- Un dernier tiers qui s’étire et relâche la tension
- Quelques passages techniques sur la fabrication des jeux, plus arides
Pour qui ce livre ?
À tous ceux qui ont déjà créé quelque chose avec quelqu’un — un projet, une entreprise, un groupe, un spectacle — et qui savent ce que la collaboration coûte d’ego et d’abnégation. Aucune culture vidéoludique n’est requise : les jeux servent de décor, jamais de prérequis. C’est aussi un beau roman à offrir à qui pense que l’amitié est un sujet mineur en littérature. Les lecteurs pressés, en revanche, buteront sur les longueurs du dernier tiers.
Où acheter Demain, et demain, et demain ?
Édition poche (Pocket), au prix constaté de 10,30 €.
Prix indicatif constaté récemment, susceptible de varier.
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