Avis La Tresse de Laetitia Colombani — 4,5/5

Édition Le Livre de Poche, 224 pages.
Notre avis en bref
Trois femmes, trois continents, un même fil : celui d’une mèche de cheveux qui passe de main en main. Smita en Inde, Giulia à Palerme, Sarah à Montréal : Laetitia Colombani alterne leurs voix chapitre après chapitre, sans jamais perdre le lecteur ni recourir à la moindre transition artificielle. La mécanique est visible, assumée, et elle fonctionne.
C’est écrit simplement, presque cinématographiquement — l’auteure vient du cinéma, et cela se sent dans le découpage, les ellipses, l’art de clore chaque chapitre sur une tension. Ce parti pris divisera : certains y verront un manque d’épaisseur romanesque ; nous y voyons surtout une redoutable efficacité, celle d’un récit qui sait exactement où il va.
On avance vite, on s’attache aux trois héroïnes, et on referme le livre en une soirée avec l’envie immédiate de le prêter. Un roman court et généreux, qui parle de courage et de transmission sans jamais faire la leçon, resserré là où tant d’autres auraient délayé.
Résumé sans spoiler
Smita, intouchable dans un village de l’Inde rurale, ramasse à mains nues les déchets des autres et refuse que sa fille hérite de sa condition. Giulia, à Palerme, travaille dans l’atelier familial qui transforme les cheveux en perruques, jusqu’au jour où elle découvre que l’entreprise est au bord de la ruine. Sarah, avocate brillante à Montréal, apprend qu’elle est gravement malade au moment où sa carrière atteint son sommet. Trois vies que rien ne relie en apparence. Le roman alterne leurs voix et laisse deviner, peu à peu, le fil discret qui circule de l’une à l’autre.
Ce qu’on a aimé, ce qu’on a moins aimé
On a aimé
- La construction en trois voix alternées, parfaitement tenue jusqu’à la dernière page
- Un format court qui ne dilue jamais l’émotion ni la tension
- Un rythme sans temps mort : chaque chapitre relance la lecture
- La fin, qui relie les trois récits sans lourdeur ni démonstration
On a moins aimé
- Une écriture parfois trop lisse, qui tient plus du scénario que du roman
- Le personnage de Sarah, moins incarné que Smita et Giulia
Pour qui ce livre ?
À qui veut un roman fort et accessible, à lire en une soirée : le format court et le découpage serré en font la lecture idéale entre deux pavés, ou pour sortir d’une panne de lecture. C’est aussi un excellent choix de club de lecture : trois destins, des thèmes qui ouvrent la discussion — condition des femmes, transmission, castes — et une construction dont on peut débattre. Les lecteurs qui cherchent une prose travaillée et de l’ambiguïté resteront en revanche sur leur faim.
Où acheter La Tresse ?
Édition poche (Le Livre de Poche), au prix constaté de 8,90 €.
Prix indicatif constaté récemment, susceptible de varier.
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