Avis Le Cerf-Volant de Laetitia Colombani — 4/5

Édition Le Livre de Poche, 240 pages.
Notre avis en bref
Léna a tout quitté. Enseignante française dévastée par un deuil, elle pose ses valises dans un village de pêcheurs au bord du golfe du Bengale, sans autre projet que de tenir debout. Chaque matin sur la plage, une fillette fait danser un cerf-volant face à l’océan. De cette image naît tout le roman : la rencontre avec cette enfant intouchable, murée dans le silence, va peu à peu ramener Léna du côté des vivants.
Autour d’elles gravitent des personnages qu’on n’oublie pas, à commencer par la cheffe d’une brigade d’autodéfense féminine, aussi cabossée que combative. Et puis il y a l’école, fil rouge du récit : celle que Léna a fuie, celle qu’elle va vouloir faire exister ici, contre la pesanteur des castes et le sort réservé aux filles.
Moins choral que La Tresse — un seul fil, un seul décor —, le roman assume un romanesque simple et frontal, qui vise le cœur plus que la virtuosité. Et ça fonctionne : on tourne les pages porté par une chaleur humaine constante, et on referme le livre avec le sentiment d’avoir voyagé.
Résumé sans spoiler
Brisée par la perte de l’homme qu’elle aimait, Léna quitte la France pour un village au bord du golfe du Bengale. Un matin, l’océan manque de l’emporter ; elle doit la vie à la fillette au cerf-volant qui a donné l’alerte et à une jeune femme qui commande une brigade d’autodéfense féminine. Pour remercier l’enfant, une intouchable que personne n’a jamais envoyée en classe, Léna n’a qu’une idée : lui apprendre à lire. De cette promesse naît un projet plus grand qu’elle, ouvrir une école pour les enfants que le système laisse de côté.
Ce qu’on a aimé, ce qu’on a moins aimé
On a aimé
- Des figures féminines d’une belle justesse, dessinées avec une tendresse jamais mièvre
- Le combat pour l’école, raconté sans angélisme ni leçon de morale
- Une Inde sensorielle et contrastée, loin de l’exotisme de carte postale
- Une écriture limpide qui n’édulcore rien des violences de caste ni de genre
On a moins aimé
- Une trame prévisible, dont on devine très tôt les grandes étapes
- Des passages documentaires sur la société indienne parfois plaqués sur le récit
Pour qui ce livre ?
On le conseille d’abord aux lecteurs de La Tresse, qui retrouveront la même veine humaniste dans un récit plus resserré, centré sur une seule héroïne. À ceux qui cherchent un roman dépaysant et porteur d’espoir, lucide sur la condition des femmes sans jamais désespérer d’elles. C’est aussi une belle porte d’entrée en littérature contemporaine pour qui lit peu : chapitres courts, langue limpide, émotion directe. On le déconseille seulement à qui exige d’être surpris : ici, le chemin compte davantage que le suspense.
Où acheter Le Cerf-Volant ?
Édition poche (Le Livre de Poche), au prix constaté de 8,40 €.
Prix indicatif constaté récemment, susceptible de varier.
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