Avis Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin — 4,5/5

Édition Le Livre de Poche, 672 pages.
Notre avis en bref
Il y a des romans dont l’immense bouche-à-oreille intrigue, et qu’on ouvre avec une pointe de méfiance. Celle-ci tombe en quelques chapitres. Violette Toussaint, garde-cimetière qui parle aux vivants comme aux morts, appartient à cette famille de personnages qu’on ne range plus jamais tout à fait : lumineuse, cabossée, drôle sans le vouloir.
Valérie Perrin construit un roman choral où les voix se répondent : le journal de Violette, les vies minuscules qui gravitent autour du cimetière, les épitaphes en tête de chapitre, et cette enquête intime déclenchée par l’arrivée d’un commissaire porteur d’une étrange dernière volonté. Le paradoxe fait tout le sel du livre : c’est au milieu des tombes que la vie déborde le plus — cafés partagés, potager, confidences de fossoyeurs.
On ne cachera pas que le roman prend son temps, s’autorise des détours et demande qu’on accepte son tempo. Mais cette lenteur est une politesse faite aux personnages : chacun reçoit l’espace nécessaire pour exister. Un livre généreux, qui mérite sa réputation.
Résumé sans spoiler
Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Dans sa maison collée aux grilles, elle accueille les endeuillés, écoute les confidences des fossoyeurs, note les derniers mots prononcés aux enterrements et veille sur les tombes que plus personne ne visite. Une existence réglée, presque douce, dont on devine pourtant qu’elle s’est construite sur un silence. Un jour, un commissaire marseillais pousse sa grille : sa mère, qu’il connaissait mal, a exigé que ses cendres reposent sur la tombe d’un inconnu du village. En cherchant à comprendre cette dernière volonté, il va faire remonter malgré lui le passé de Violette — celui qu’elle avait soigneusement enfoui.
Ce qu’on a aimé, ce qu’on a moins aimé
On a aimé
- Violette, un personnage immense, lumineux malgré les fêlures qu’on devine
- La vie qui circule partout dans ce décor de cimetière
- Une construction chorale où chaque destin finit par trouver sa place exacte
- Une écriture simple et juste, pleine de phrases qu’on a envie de recopier
On a moins aimé
- Un rythme contemplatif, avec des longueurs assumées au cœur du roman
- Des allers-retours entre les fils du récit qui demandent un peu d’attention
Pour qui ce livre ?
À mettre entre presque toutes les mains : c’est le genre de roman qu’on offre autant qu’on le garde. Il parlera particulièrement à qui aime les histoires de reconstruction, les personnages secondaires fouillés et les romans français à forte charge émotionnelle, dans la lignée de La Tresse ou de Tout le bleu du ciel. On le déconseille seulement à qui exige une intrigue tendue : ici, l’émotion avance à pas lents, et c’est voulu.
Où acheter Changer l’eau des fleurs ?
Édition poche (Le Livre de Poche), au prix constaté de 10,40 €.
Prix indicatif constaté récemment, susceptible de varier.
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